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D'une histoire riche en
hommes et en évènements depuis 1772, il nous reste peu de documents.
Dans le cadre de la
politique de persécution antimaçonnique menée par les autorités
allemandes et le gouvernement de Vichy pendant la Seconde Guerre
mondiale, dès juin 1940, les services du SD pillent les archives de la
loge Thémis et perquisitionnent au domicile de certains frères. Le
vénérable de la loge est même arrêté quelques jours mais relâché après
un interrogatoire sans grande brutalité. Conformément à la loi vichyste,
le local et le mobilier sont vendus via les Domaines en 1941. Quasiment
laissé à l'abandon, il servira un temps pour y accueillir les civils
requis pour le service des gardes de câbles téléphoniques et des voies
ferrées. Les bombardements de l'été 1944 détruisent complètement les
locaux. Après s'être réuni quelques temps dans l'arrière salle d'un café
tenu par un frère, dans un baraquement provisoire, avec les dommages de
guerre le temple se reconstruit à quelques numéros seulement de l'ancien
dans la même rue (Il est inauguré en 1956).
En 1946, un ouvrage du XVIIIème fut ainsi retrouvé à
vendre sur un trottoir de Berlin et en 1972 nous avons récupéré un
splendide "tablier" de Franc-Maçon qui faisait partie .... du Trésor de
la
Cathédrale de Bayeux !
Les comptes-rendus des travaux les plus anciens ont été, quant à eux,
perdus à tout jamais. Ils avaient été enterrés à la hâte dans une ferme
du
Bessin où on les retrouva totalement irrécupérables.
Un moment d'histoire de la
Franc-Maçonnerie (E.
THIEBOT)
La IIIe
République est instaurée en 1870. Peut-on parler d'une victoire
maçonnique ?
Les loges remportent à cette occasion, en effet, un combat qu'elles
mènent activement depuis la révolution de 1830. A Caen, Thémis n'a cessé
de poursuivre ses réflexions politiques, placées sous la devise «
Liberté, égalité et fraternité universelle ». Les frères ont défendu la
République de 1848 et ont véritablement destin lié avec la nouvelle. Ils
condamnent la Commune et n'hésitent pas, en août 1871, à acclamer Thiers
en loge.
La franc-maçonnerie connaît alors un âge d'or ...
Dans une certaine
mesure. Les maçons sont présents dans le gouvernement et, en province,
plusieurs préfets et sous-préfets appartiennent aux loges. C'est le cas,
à Caen, d'Honoré Gravier, préfet du Calvados en 1879, et de Georges
Rivaud, nommé à la tête du département en 1885. Toutefois, les
monarchistes et les bonapartistes, soutenus par l'Église, sont encore
nombreux. Face à cette mouvance antirépublicaine, les frères de Thémis
s'organisent en comités de surveillance. Ils demandent directement au
conseil de l'ordre du Grand Orient de muter, par exemple, tel ou tel
sous-préfet jugé « clérical réactionnaire ».

Les maçons sont donc tous républicains ?
A
cette époque, il n'y a aucun membre de Thémis qui ne le soit pas.
L'adhésion au nouveau régime fait même l'objet de vérifications lors des
enquêtes préalables à l'entrée d'un profane en maçonnerie.
Cela est-il dû à la proximité
qu'entretiennent les frères avec le Parti radical ?
Tout à fait. Dès les origines de la IIIe République, plus
d'un franc-maçon sur deux est proche de ce mouvement. En 1890, deux
conseillers municipaux, frères à Thémis, Charles Noury et
François-Gustave Dufour, fondent l'Association républicaine de Caen, qui
regroupe les membres de la loge. Mais la figure importante de cet
engagement est, incontestablement, Henri Franklin-Bouillon. Véritable
porte-parole des radicaux, il n'hésite pas à affronter, sur la place
publique, les mouvements antirépublicains. Il est le rédacteur en chef
du Journal de Caen, qui devient l'organe de diffusion des idées
débattues en loge
Cette union entre maçonnerie et radicalisme sera renforcée, à
l'aube du XX° siècle, par l'affaire Dreyfus ...
A Paris, oui. D'où le mythe du complot judéo-maçonnique, entretenu par
la droite nationaliste. En revanche, les frères caennais ne s'engageront
pas dans cet événement. Aucune trace d'une quelconque intervention de la
loge Thémis n'a, en effet, été retrouvée dans les archives de
l'époque... Cette absence de prise de position est pour le moins
surprenante, lorsqu'on sait que le Grand Orient organisera une
manifestation en faveur de Dreyfus, en 1899.

A l'époque, les Francs-Maçons sont surtout
engagés dans le combat pour la laïcité...
L'éloignement des loges vis-à-vis du catholicisme date de l'époque des
Lumières. Les frères se rallient en masse au spiritualisme des
philosophes. Plus tard, leur bataille pour la République leur attirera
les foudres de l'Église et le schisme apparaît, en 1877, lorsque le
Grand Orient de France abolit la référence à la notion d'un Dieu révélé.
A Thémis, les discussions portent sur la laïcisation et les frères
veillent à l'application des lois Ferry sur la scolarité, édictées en
1881 et 1882. Sur ce terrain, la concurrence de l'Église reste
vigoureuse. L'instituteur - parfois franc-maçon - et le curé luttent
pour le monopole de l'éducation. En 1887, le vicomte de Blagny affrète
même quotidiennement, à ses frais, un omnibus, qui transporte les
enfants de Lion-sur-Mer à Saint-Aubin-sur-Mer, afin que les enfants ne
fréquentent pas l'école laïque de leur commune ; preuve d'une résistance
bien organisée à la laïcisation de l'enseignement.
Avec l'arrivée d'Emile Combes à la
présidence du Conseil, en 1902, le souhait maçonnique de séparer
l'Église et l'État sera exaucé...
La politique anticléricale du ministère Combes va en effet alimenter
tous les espoirs des maçons. Cet ardent républicain fonde sa popularité
sur les attaques portées contre l'Église : rejet des demandes
d'autorisation des ordres religieux, interdiction faite aux membres
d'une congrégation d'enseigner. La loi de séparation sera votée en
décembre 1905, après le départ de Combes.

Celui-ci démissionne à cause de l'« affaire
des fiches », qui n'est pas à l'honneur de la maçonnerie...
En effet, cette affaire met en cause le ministère Combes à la suite de
l'interpellation de l'un de ses membres : le général André. Ce dernier,
ministre de la Guerre, souhaite ficher les « bons » et les « mauvais »
officiers, selon qu'ils adhèrent ou non aux idées républicaines. Pour
cela, il fait appel aux loges du Grand Orient qui lui fournissent des
renseignements sur les convictions politiques et religieuses des
militaires. A Caen, c'est le vénérable de la loge, Octave Lignier, qui
confiera ces informations. La révélation de l'existence des fiches, lors
d'une séance à la Chambre, en octobre 1904, provoque un scandale qui
ravive les oppositions entre dreyfusards et antidreyfusards, en même
temps qu'il déchaîne les passions antimaçonniques.
Cet événement affaiblit-il la maçonnerie
?
Non, au contraire. En fait, les fiches étaient perçues comme un moyen de
stabiliser le régime contre les assauts antirépublicains. L'influence du
Grand Orient est donc renforcée et les ateliers connaissent une
progression de leurs effectifs. A Caen, à la veille de la Première
Guerre mondiale, Thémis compte 150 membres.

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